La genèse du Labo

 

Lorsque le Labo voit le jour le 1er janvier 2015, cela fait déjà plus de six ans qu'il est en gestation dans les services de la région Champagne Ardenne. En 2009, Jean-Paul Bachy, président du Conseil Régional de Champagne Ardenne, décide de faire des politiques jeunesse autrement: il fait appel pour cela à La 27ème région (cf. infra), qui aide la région à repenser ses politiques jeunesse en s'immergeant parmi les lycéens et en les associant directement à la démarche.

 

L'expérience est un succès: en 2011, la région envisage de se doter d'un Labo permanent. Une nouvelle équipe pluridisciplinaire est embarquée au cœur de l'administration de la région, et définit avec les agents les méthodes et les règles du fonctionnement du Labo. C'est ce que la 27ème région appelle la Transfo.

 

Le Labo s'installe en 2015 dans le grand espace aménagé pour lui à l'entrée de l'hôtel de région de Chalons-en-Champagne. Il est inauguré le 24 avril 2015 par Marilyse Lebranchu, Ministre de la décentralisation et de la fonction publique, et animé par Rachel Redon. 

 

 

 

Voir le site internet du Labo

La 27ème région

 

La 27ème région, créée en 2008, devient une association indépendante en 2012. Elle veut être un laboratoire d'innovation pour les acteurs publics, et s'appuie sur les méthodes du design, des sciences sociales comme l'ethnographie ou la sociologie de terrain, l'éducation populaire ou le Do it Yourself pour promouvoir et expérimenter une autre manière de faire des politiques publiques, plus participative, plus démocratique et - peut-être - plus efficace.

 

L'ouvrage collectif Chantiers ouverts au public est le moyen pour l'association de revenir sur l'ensemble de son activité: elle y détaille le cadre théorique de son action, les expériences de terrain auxquelles ont donné lieu les résidences, et les Transfo en Champagne-Ardenne, Pays de la Loire, PACA et Bourgogne. Cet ouvrage nous a été très précieux pour réaliser nos planches.

 

 

 


Le design : un outil pour hacker l'Etat?

 

 

Qu’est-ce que le design ? Une manière de concevoir les objets, les services, l’architecture en partant des attentes et des usages des personnes pour qui l’objet ou le service est conçu. Le design se veut méthodologie de résolution pratique et pragmatique des problèmes à partir des usages : il développe des solutions situées, qui émergent du ressenti, de l’expérience sensible, et non d’un décret de la raison ; d’un raisonnement induit par l’expérience, plutôt que de principes abstraits. En plaçant au centre de la réflexion le rapport de l’humain à l’objet technique, le design cherche à rendre plus harmonieux le rapport entre les personnes et leur environnement, à humaniser les processus et, peut-être, à rendre le monde plus habitable.

 

  • « Ce qui constitue l’objet privilégié de la recherche en design est, en résumé, le monde comme projet humain à construire ou à préserver, et le monde comme projet humain à habiter » A. Findeli, 2005.

 

Qu’est-ce que le design de politiques publiques ? Le design de services s’intéresse au parcours de l’utilisateur : le designer se fait scénariste et construit le service en fonction de l’expérience de l’utilisateur, afin de rendre son parcours simple et intuitif. Ces méthodes peuvent être utilisées par tous, y compris des entreprises qui développent un service commercial. Le fait d’influencer ou de guider les comportements en modifiant l’environnement pour réduire l’éventail des choix possibles, le nudge, est à la mode dans les pays anglo-saxons (le gouvernement britannique a sa nudge unit) mais il prive l’individu d’une part d’autonomie. Or l’utilisateur d'un service public n’est pas l’objet d’un marketing, il est un citoyen actif et autonome. Le design de politiques publiques complète donc le design de service par le design social : collaboratif et participatif, il implique toutes les parties prenantes à un projet dans sa conception. Le design social considère que toutes les paroles – celles de l’utilisateur, de l’expert, du producteur, du responsable politique – se valent et ont vocation à être prises en compte dans la conception du projet. Il intègre dans sa démarche les idées d’open source, d’intelligence collective et d’égalité de tous. Intégrer la logique du design dans les politiques publiques, c’est donc une exigence de prise en compte des usages, mais aussi une exigence de démocratie, d’autonomie individuelle et collective. Il s’agit donc d’une vision radicalement nouvelle de la relation que doit entretenir la puissance publique aux citoyens : en intégrant les usagers et les usages, on peut transformer radicalement les lieux, les objets et les politiques publiques en les reformulant avec eux et pas seulement pour eux. Cette démarche permet de trouver des solutions aux problèmes de plus en plus complexes auxquels est confrontée la puissance publique en les induisant de l’expérience concrète des citoyens plutôt qu’en les déduisant de principes abstraits et nécessairement déconnectés du réel qu’ils cherchent à informer.

 

En pratique ? Comment mettre en pratique ces principes, alors qu’en France la puissance publique a une longue tradition de centralisation des décisions, d’uniformité des normes au nom de l’égalité des personnes et des territoires devant le service public ? Le design des politiques publiques est évidemment plus simple à mettre en œuvre dans les collectivités locales, qui disposent d’une certaine autonomie pour l’élaboration des politiques publiques dans leurs domaines de compétence, et d’un ancrage territorial qui rend l’implication des citoyens plus simple, et les enjeux plus tangibles. Mais l’Etat lui aussi aurait besoin de pouvoir remettre en cause ses modes de fonctionnement rigides et cloisonnés. Le mode d’action privilégié des activistes du design des politiques publiques a jusqu’à ce jour été la mise en place d’une cellule au sein de l’administration, souvent nommée lab, ou labo, animé par une équipe de designers et/ou de chercheurs en sciences sociales, qui se propose de lutter contre les tendances de l’administration à l’organisation pyramidale, au cloisonnement des compétences, à la déconnexion du terrain, en proposant de nouvelles méthodologies et de nouveaux outils de travail : enquêtes sur les usages en pratiquant l’immersion parmi les usagers, expérimentation par le faire, le bricolage, le prototypage, le jeu, libération de la parole des agents et des usagers, transversalité et valorisation des savoir-faire et des idées de chacun – plutôt que réunions, notes de service, présentation powerpoint. Le labo, en questionnant les codes traditionnels et les hiérarchies rigides de l’administration, en s’organisant autour d’une logique de projets transversaux, veut devenir une interface entre les citoyens, les élus et les agents qui élaborent les politiques publiques, un tiers-lieu qui permet d’abolir la distance entre l’Etat et les citoyens ; un lieu où il est possible, en commun, d’innover radicalement, d’essayer, de se tromper, de faire valoir son point de vue – et donc, en commun, de concevoir des politiques publiques qui concernent tous et prennent en compte chacun.

 

Synthèse réalisée par Simon Papaud.

 

 

 


Christian Bason et le MindLab

 

Christian Bason dirige le premier laboratoire de design des politiques publiques en Europe: il est à Copenhague, assiste le gouvernement danois, et s'appelle le MindLab.


La modernisation de l'action publique

 

Le design des politiques publiques s'inscrit dans la logique des transformations que connaît actuellement l'action publique, pour promouvoir des méthodes plus ouvertes, plus participatives, plus transparentes et plus innovantes. C'est ce que souligne le Conseil National du Numérique dans son rapport "Ambition numérique" de juin 2015.

 

Dans le cadre du Partenariat pour un gouvernement ouvert, la France s'est également engagée à favoriser une action publique contributive et collaborative, notamment grâce aux outils numériques, mais aussi à poursuivre l'ouverture de l'administration en favorisant l'engagement citoyen ou en facilitant les contacts entre l'administration et son environnement.

 

 

En France, ces changements sont menés sous l'autorité du Secrétariat Général pour la modernisation de l'action publique (SGMAP), dont le rôle est de rendre l’action de l’État plus efficace, plus lisible et plus adaptée aux besoins des citoyens, en diffusant les méthodes innovantes et en favorisant l'innovation des acteurs publics.

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Rapport Ambition Numérique - Conseil National du Numérique (Juin 2015)
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Plan d'action de la France pour la période 2015-2017 - Partenariat pour un Gouvernement Ouvert
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