L'Adapemont, une asso qui défriche !

Cachée entre Bourg-en-Bresse et Lons-le-Saunier, la Petite Montagne dans le Sud du Jura est à l’écart des grands axes routiers : « si on n’y vient pas, on n’y passe pas », confirmera le directeur de l’Adapemont. Mais en aventuriers que nous sommes, Matthieu et moi, nous quittons hardiment l’autoroute pour affronter les virages de ce territoire gondolé, fait de vallons et de montagnes à vaches. 

Autour de nous, la nouvelle neige agit comme un révélateur de paysage : massée dans les combes, mouillée dans les champs, saupoudrée sur les forêts, gelée sur les routes, elle se comporte différemment selon le terrain qui l’accueille après sa chute et donne des reflets changeants au tableau. Comme des réactions chimiques variées entre ciel et sol. Depuis la route, nous voyons alors distinctement des espaces et des lignes, et si les couleurs manquent à l’appel, le territoire y gagne en contraste. Selon un rapport de Natura 2000, la « Petite Montagne est un secteur particulièrement intéressant sur les plans écologiques et biologiques, par l’agencement des différents types de milieux qui composent le terroir ». Lorsque nous arrivons, ce terroir est dessiné en noir et blanc.

Comme une empreinte digitale révélée par la vaporisation d’une poudre, le paysage d’hiver prend donc un sens sous la neige. Et l’on y voit clairement le problème qui touche la Petite Montagne, comme beaucoup d’autres territoires ruraux : l’abandon par l’agriculture des parcelles les plus difficiles à exploiter, le repli des terrains pastoraux vers les vallées et le développement des friches sur les hauteurs autrefois chauves. Sans l’agriculture vivrière telle qu’elle pouvait exister au XIXe siècle, c’est un paysage qui se referme : l’homme et ses vaches n’entretiennent plus les abords des forêts, la flore sauvage s’étend sur les anciens pâturages et l’habitat de certaines espèces se dégrade. C’est pour répondre à ce phénomène que l’association Adapemont a proposé une solution innovante, dans le cadre de la politique de réouverture paysagère de Natura 2000 : fini le gyrobroyeur, voici les vaches Highland, des bêtes poilues venues d’Écosse, véritables bulldozers qui mangent tout sur leur passage. C’est pour elles que nous venons. Elles dévorent l’herbe, les feuilles d’arbres et de ronces, elles se frottent contre les arbrisseaux, elles piétinent les fougères et les orties… En peu de temps, les territoires sont mis à nu : des parcelles qui n’existaient plus sont aujourd’hui recouvertes d’herbe rase. C’est donc un projet intelligent, mais également solidaire, puisqu’il emploie des personnes en réinsertion professionnelle (le retour vers l’emploi, nous en reparlerons).

Mais après avoir discuté avec les membres de l’association, nous comprenons que le phénomène de l’enfrichement ne concerne peut-être pas que les lisières des forêts. L’Adapemont, c’est l’Association pour le Développement et l’Animation de la Petite Montagne : à côté de l’aménagement du territoire, il y a donc une politique culturelle (un festival, des expositions artistiques, la publication d’ouvrages et d’un magazine, la restauration du patrimoine…). Le but : faire vivre le pays, proposer des activités novatrices, accompagner les gens. 

Finalement, on fait dans les villages ce qu’on fait dans les champs : on défend la diversité, non plus des plantes mais des loisirs, contre la fermeture, non plus du paysage mais des communautés. C’est la culture contre l’enfrichement, qu’il soit écologique ou social. D’ailleurs, le directeur de l’association parle des mono-visions néfastes pour la vie sociale comme il parlerait des colonies de sapins qui grignotent les forêts mélangées. Bref, nous avons été admiratifs devant cette capacité à s’emparer de toutes les facettes du territoire, et nous avons bien d’autres projets à raconter !

 

Alors à très bientôt !

Texte: Matthieu Buratti

Dessin: Matthieu Pehau Parciboula


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