Et ils s'en furent à Colombey...

 

Nous voilà de retour à Nancy, dans un café près de la gare, attendant patiemment nos trains respectifs qui nous ramèneront chez nous. Nous venons de passer deux jours en Meurthe-et-Moselle, et plus précisément dans la communauté de communes du Pays de Colombey et du Sud Toulois. Dans ce territoire rural regroupant 39 communes et 11 500 habitants sur une étendue de 398 km², nous nous sommes baladés entre un ciel parfois bleu et un sol encore enneigé, de rencontre en rencontre et de récit en récit. 

 

 

La première personne que nous avons rencontrée, après avoir un peu galéré avec le GPS de notre super voiture de location, c'est Marie-Pascale Paulin, cheffe du projet employée exprès par la communauté de communes (ou la com-com comme on dit dans le jargon) en Mars 2015 pour mettre en place l'expérimentation sur le territoire. D'après ce que nous avons compris, cette mise en place s'est notamment traduite par mille et une rencontres avec les élus, les chômeurs de longue durée, les “forces vives du territoire”, ses acteurs économiques, et j'en passe (par contre quand j'écris “mille et une” je ne suis pas sure d'exagérer). Ce travail de présentation et d'explication de l'expérimentation a été, et est toujours, primordial parce que ce projet ne peut fonctionner que s'il suscite de l'adhésion. C'est un projet trop fragile pour qu'il puisse se permettre d'avoir (plus de) bâtons dans les roues. Car ce dont je vous parle ici, c'est une politique sur mesure, une politique qui s'invente au fur et à mesure qu'elle avance : c'est l'inverse d'une grande politique publique pensée, préparée et imposée d'en haut, alors forcément, dans l'immédiat, ça vacille un peu plus.
En tout cas Marie-Pascale nous explique avec enthousiasme et patience (en réécoutant l'enregistrement, je me rends compte que je pose plusieurs fois les mêmes questions, je mets ça sur le compte de l'heure matinale) les différentes étapes de la mise en place de l'expérimentation à Colombey, et puis, entre deux grands sourires elle nous dit qu'il faut qu'elle file, un énième rendez-vous l'attend. 
Les deux prochaines journées se déroulent très vite : nous rencontrons un tas de personnes, et j'étais sur le point de les décrire une à une ces personnes, d'expliquer pourquoi elles avaient pris le temps de nous parler, et ce qu'elles nous avaient appris. Mais réflexion faite, je me ravise, il faut en garder un peu pour la BD après tout.

 

 

 

 

 

 

 

En tout cas ce que je peux quand même vous dire, chers lecteurs, c'est que d'abord ces rencontres nous ont permis de comprendre un tas de choses, un tas de petits trucs qui nous ont fait penser que “ah, c'est quand même long et galère de mettre ça en place”. Il y a beaucoup d'acteurs, d'organismes, d'instituts à rencontrer, à convaincre de rêver et puis de participer. Il n'y a pas beaucoup de sous et malheureusement beaucoup d'incertitudes persistent (notamment vis-à-vis des décrets d'application de la loi autorisant l'expérimentation qui vont tomber pendant l'été on espère, et qui vont déterminer le montant du financement). Mais ce que je peux vous dire aussi, c'est qu'il y a beaucoup de cerveau et d'humanité dans l'affaire. Enormément de gens qui réfléchissent intelligemment, et puis de façon ambitieuse en plus, à un problème grave, compliqué mais qui vaut mille fois le coup d'être résolu (et mille, c'est peu dire). On n'a pas rencontré les acteurs du projet, on a rencontré les porteurs d'un projet. Qu'ils soient élus, chômeurs, entrepreneurs ou autre, ce sont tous des gens à la voix sérieuse (et souvent rieuse aussi) qui savent que le problème auquel ils s'attellent est d'envergure, mais qui le font de façon minutieuse en mobilisant quelque chose qui manque bien trop souvent à la politique d'aujourd'hui : de la créativité, de la persévérance et de la collaboration. Alors on n'a pas parlé de gauche ni de droite, on n'a pas dit que le contexte économique et budgétaire faisait que “bah désolé, il y a rien à faire en ce moment”, on n'a pas dit “il y a pas d'emploi c'est comme ça”, on a parlé de création d'activité, d'entreprise à but d'emploi (et ça c'est quand même pas mal), et “des compétences des chômeurs desquelles il fallait partir pour répondre à des besoins délaissés du territoire” (et là aussi, chapeau bas). 

Bref, de retour à notre café à Nancy (où, je l'admets, nous buvons une petite pinte pour fêter la fin de ces deux jours d'enquête assez intenses), nous sommes heureux, Matthieu et moi, de pouvoir avoir la chance d'enquêter sur un si beau projet et puis nous sommes impressionnés par les rencontres que nous avons faites.
 
Plus tard dans le train, je l'avoue, je crois que nous avons tous les deux ressenti un peu de tristesse en pensant qu'il était magnifique ce projet, qu'en fait ça devrait être ça la politique, partout : se saisir d'un problème et réfléchir réfléchir réfléchir ensemble à la façon de le résoudre. C'était en quelque sorte une grosse bouffée d'oxygène ces deux petits jours à la campagne, et ça nous faisait un peu mal au coeur je pense de quitter cette “com-com” et de retourner dans nos mondes habituels, où le scepticisme et l'immobilisme sont nos voisins de palier. 

 

 

 

 

 

MAIS PLUS POUR LONGTEMPS ! Avec un peu de chance, on va vous pondre une enquête en bande dessinée du projet “Territoire zéro chômeur longue durée” qui va vous insuffler à vous aussi, chers lecteurs, cette petite bouffée d'oxygène lorraine (et si ça marche pas, on déménage à Colombey !). 

 


Texte: Charlotte Hinfray

Dessin: Matthieu Pehau Parciboula


Écrire commentaire

Commentaires : 0